L'urgence sociale
CNPE pour le 49e Congrès CGT
Les politiques de ces dernières années, au moins les 30 dernières, ont conduit de front une mise en concurrence des
salariés sur plusieurs plans, tant sur l'emploi que sur leurs droits collectifs et sociaux.
L'emploi que l'on voulait stable et durable a volé en éclat pour une grande partie. La guerre menée
pour démanteler les entreprises à statut public et le détournement de leur mission au profit de délégation
du même nom, conduit les salariés à statut (Telecom, EDF, Poste, Pole emploi etc.) à la porte.
Postes non renouvelés, temps pleins remplacés par des CDD, des emplois aidés défiscalisés.
Emplois sous-traités, externalisés dans des boites où la norme est uniquement le code du travail. Code qui a été réformé à la hache par un état patron -des plus réactionnaires-, a mis en exergue les conséquences de cette politique agressive et a poussé un pan du salariat dans une urgence sociale qui était déjà à flux tendu, dont la jeunesse paye le prix fort.
Ouvriers, Smicards, chômeurs, retraités, sont aussi emportés dans ce flot.
Les jeunes à qui on demande tant d'efforts, de diplômes, finissent aujourd'hui diplômés au
Pole emploi, dans les missions locales, les stages, les évaluations en milieu de travail et toujours sans salaire.
Et souvent sans revenu car ils n'ont pas des droits ouverts avant l'age de 25 ans. (pour le RMI-RSA).
- 24% des jeunes de 15 à 24 ans sont au chômage aujourd'hui.
Aujourd'hui le RSA, " mesure phare " du gouvernement propose à des millions de salariés,
parce qu'ils n'ont plus de quoi vivre en exerçant un emploi, de se raccrocher à l'aide sociale.
Alors que dans le même temps, la loi TEPA oblige les salariés à faire cette demande.
Les raisons en sont toujours les mêmes, la trappe à bas salaire est le moyen de contrôle et de coercition.
Ce qui permet aux entreprises de faire payer les salaires de leurs employés par le biais de la fiscalité.
Cette fiscalité est payée par les plus modestes, les classes populaires, car dans le même temps,
la classe dominante elle, ne se désarme pas et se construit même un " bouclier fiscal ".
Avec une telle hardiesse à quant le S.T.O ?
Car de là, pour des millions de salariés, découle le droit à
une éventuelle indemnisation, voire un logement, un droit à se soigner, à survivre.
Le RSA, lié aux salariés précaires, c'est le " non choix " pour un grand nombre de travailleurs,
d'accepter tout emploi, sous peine de se voir exclu, radié, de ses droits sociaux.
L'ORE est mise en place pour obliger les privés d'emploi ou les précaires à accepter
un emploi en deçà de toute prétention salariale en rapport avec ses qualifications.
Oui, le Pole emploi est la machine à laver les bons salaires et à pourvoir des salariés
malléables et qualifiés aux entreprises.
Les statistiques le montrent, les privés d'emploi les plus qualifiés sont les plus vite reclassés.
Que deviendront des surnuméraires ?
Ce salariat précaire et subventionné ne permettra plus d'abonder les caisses sociales. Car souvent ils
ne sont pas soumis à cotisations patronales.
Dans les prochaines négociations UNEDIC, ceci sera encore un argument pour le patronat pour dire
" il n'y a plus de sous dans la caisse " ; alors que l'indemnisation du chômage, sera payée par nos impôts.
Faire peser les politiques sociales sur cette indemnisation a des conséquences directes sur les salariés :
Le logement, pour un nombre de salariés SDF ou en foyers d'hébergement d'urgence, est aujourd'hui inaccessible.
Pour la catégorie des salariés pauvres qui ont un logement, le sort n'est pas meilleur. Fréquemment menacés
d'expulsion, subissent les violences que cela comporte pour les familles, et souvent les coupures d'énergie et d'eau pendant plusieurs mois.
- 250 000 coupures d'énergie dans toute la France en 1 an, pour une durée moyenne de coupures de 9 semaines.
Les raisons sont simples : C'est que la disparité des droits d'un Conseil général à l'autre, fait
que les aides ne sont pas reparties ni abondées de la même manière pour financer le fonds solidarité
logement et énergie.
Des Conseils généraux sont présidés par des barons, qui se comportent comme des hobereaux vis-à-vis des citoyens
et gèrent d'une manière clientéliste... la misère.
La loi DALO a fait son effet de comète et s'est transformée - non à l'accès au
logement- mais à l'hébergement (Il faut saisir la nuance...).
Comment faisons-nous respecter la loi SRU qui impose 20% de logements sociaux sur les communes et que nous voulons réellement sociaux.
Nous devons, nous, syndicalistes reconquérir le 1% logement, lancer une grande campagne nationale sur ces questions et ne pas se reposer
uniquement sur l'associatif et le caritatif.
Aujourd'hui des salariés pauvres ou modestes, handicapés, souvent chômeurs, sont dans un merdier* sans nom.
A essayer de faire valoir leurs droits dans des guichets qui les renvoient souvent à 15 jours, minimum d'attente ou à d'autres guichets. Pour souvent aboutir au guichet d'une association et là, on atteint le bout du bout et ce que l'on devient, quand tous les droits sont attaqués et peu défendus.
Nous sommes prolétarisés.
Tu loges à l'armée du salut, tu bouffes au resto du coeur, tu travailles en insertion chez Vivendi, Véolia,
dans le Service public ; si ça ce n'est pas le prolétariat,** camarades, qu'est-ce que c'est ?
Cette intervention peut vous paraître noire, mais ces maux sont les vécus de syndicalistes Cgt, souvent Cgt -
chômeurs, qui vivent ces situations et les défendent, au plus proche des précaires et des pauvres, dans les quartiers
où la misère est " interprofessionnelle ".
Depuis des années le Comité national des privés d'emploi Cgt se bat sur les carences de cette société,
pour les dix droits fondamentaux qui n'ont pas fait l'objet des grandes campagnes revendicatives de la Cgt ;
Ce qui paraissait comme une petite activité syndicale, sans une réelle prise en compte par l'ensemble de l'organisation, représente aujourd'hui le problème de tous les citoyens.
Les questions du salaire, de l'emploi, du logement, de la santé, de l'éducation etc. sont, la préoccupation majeure.
Tirer vers le haut tout le salariat, pour qu'il n'y ait plus de faibles devant les patrons et l'urgence sociale, peut devenir
une des grandes forces de la Cgt.
Il faut regarder le problème de l'urgence sociale par ceux qui sont concernés et qui travaillent cette question.
Et ne pas traiter ces difficultés de manière " éthique ".
Il faut immédiatement :
- La prime de Noël pour tous les chômeurs et précaires indemnisés
ou non pour tous les minimas sociaux, et attachée à la personne et non au foyer.
- une revalorisation du SMIC à 1600 euros ;
- une indemnisation du chômage à 80% du Smic Cgt ;
- l'augmentation des pensions, des retraites et du Smic ;
- l'interdiction des expulsions locatives, l'application de la loi de réquisition des logements vacants ;
- l'interdiction des coupures d'énergie et d'eau, liée aux impayés pour cause de pauvreté.
Nous espérons que sur la question de l'urgence sociale, nous ne resterons pas sur le slogan,
" la crise c'est eux, la solution c'est nous ". Parce que sur cette question, le peuple attend la suite : " la quelle ? ".
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* Définition du Petit Robert sur le terme merdier : Grand désordre, confusion inextricable.
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prolétaire : Citoyen de la dernière classe du peuple, exempt d'impôt et ne pouvant être utile à
l'Etat que par sa descendance
(proles = lignée). Personne qui ne possède pour vivre que les revenus de son travail (salaire) qui exerce un métier manuel
ou mécanique et à un niveau de vie relativement bas.
Philippe B.