Dans le cadre de la démocratie participative, la région Rhône-Alpes, a lancé en
avril 2008 une initiative de travail sur les questions de pauvreté précarité.
La CGT des privés d'emploi et précaires
s'inscrit dans cette initiative, et travaille
à faire émerger les besoins et la parole de ceux qui vivent ces situations.
Le 4 pages en lien, c'est
l'expression de notre syndicat, faite pour cette occasion.
Ci dessous, vous pourrez lire aussi, la réflexion qui nous a initié à
participer à la sollicitation de la région Rhône-Alpes.
Texte écrit en avril 2008, pour répondre à un appel à projet de la Région Rhône-Alpes
sur la précarité.
QUE VAUT LA PAROLE D'UN CHOMEUR ? Si le statut de demandeur d'emploi devient incompatible, dans les conditions d'aujourd'hui, avec celui de citoyen de plein droit,
quiconque souhaite la participation démocratique de cette catégorie de personne devra en premier
lieu agir pour lui restituer l'ensemble de ses droits civiques.
Préambule :
Poser la question de l'impulsion de la participation des personnes en situation de précarité à
la vie politique, pour ne rien dire de leur contribution à la " définition des politiques publiques "
qui nous semble un objectif bien ambitieux, suppose tout d'abord de s'interroger sur la valeur que les dépositaires de l'autorité
attribuent à la parole des précaires.
Il s'agira donc, selon nous, d'évaluer en premier lieu les chances qu'auront ces velléités
de participation d'être entendues, avant que de se questionner sur les modalités de la contribution politique
des personnes en situation de pauvreté et de précarité.
On notera, dans la perspective qui est la nôtre, que la volonté de participation de ces citoyens n'est pas mise en doute.
C'est en l'admettant comme un fait acquis a priori que nous avons conçu ce projet, que nous souhaitons mener à
bien dans le cadre proposé par la région Rhône-Alpes, et qui sera centré sur la situation faite
aux demandeurs d'emploi, entre injonctions publiques à trouver un emploi à tout prix et impossibilité,
ressentie ou réelle, de se faire entendre de l'échelon politique, tant pour ce qui concerne la défense
des droits sociaux fondamentaux, que pour la mise en uvre de projets professionnels et/ou de formation.
Problématique :
Dans un contexte marqué par un taux de chômage toujours élevé, en dépit d'une amélioration
statistique qui reste à analyser, avec un nombre d'offres d'emploi inférieur aux demandes,
le parcours des demandeurs d'emploi fait l'objet d'un encadrement sans cesse plus contraignant : obligation d'acceptation
d'offres réputées " valables " (sans que les critères qui établissent cette validité
soient clairement définis) ; contrôles de " la réalité de la recherche d'emploi "
réalisés à intervalles fréquents par l'ANPE et les Assedic, parfois sous couvert de convocations à
des entretiens qui n'ont pas même plus pour objet la proposition d'offres adaptées au profil du demandeur ; sanctions
dont le nombre croît notablement, qui peuvent se fonder sur un simple " doute " à l'endroit des démarches
effectuées par le demandeur, et qui se traduisent par la radiation pour une durée de 15 jours à
6 mois ou la diminution de 20 ou 50% de l'allocation chômage, pour une durée de 2 à 6 mois, et jusqu'à
une possible suppression définitive du versement de cette allocation.
Ce durcissement des dispositifs de contrôles-sanctions qui s'observe en France depuis quelques années
(et notamment depuis l'été 2005 et les " ordonnances de Villepin " - cf. décret nº 2005-915 du
2 août 2005 et circulaire DGEFP nº 2005-33 du 5 septembre 2005) suffirait à poser la question de ses
conséquences au regard du statut de citoyen des demandeurs d'emploi qui les subissent.
Considérant que la systématisation de la suspicion qui donne leur coloration spécifique à
toutes ces mesures n'est certes pas de nature à entretenir chez celui à qui on les applique un sentiment
de pleine appartenance au corps social, quand ce sentiment nous paraît être au fondement de l'engagement citoyen, et
donc de la participation à la vie politique, sur lesquels il s'agit de s'interroger ici.
Pour autant, et c'est un facteur aggravant dans ce tableau déjà préoccupant, nous avons noté
que ces dispositifs de sanction des chômeurs ont encore donné lieu à une réduction drastique des
possibilités de saisine des commissions de recours pourtant supposées permettre aux demandeurs d'emploi concernés
de présenter leur défense.
De fait, les dispositions auxquelles il est fait référence ci-dessus en matière de contrôle et
de sanction de la recherche d'emploi se sont accompagnées d'une modification des règles de fonctionnement
des Commissions Départementales de Recours Gracieux (CDRG) dont l'activité a chuté de manière drastique
( -95% de saisines en 2006, là où l'on en comptabilisait mensuellement environ 150. Alors même que le nombre
de procédures de contrôles-sanction a nettement progressé dans cette période). Cette chute d'activité
semble liée au fait que désormais la transmission du dossier de recours gracieux à la CDRG n'est plus automatique
mais fait l'objet d'un filtrage préalable confié aux bons soins de l'autorité administrative qui
a prononcé la sanction...
Or, cette chute de l'activité des CDRG pose un problème dont la nature est en relation directe avec
la question posée par la Région Rhône-Alpes à l'occasion de cet appel à projet : en effet,
il nous semble que ces commissions, et les conditions de leur intervention, sont au cur de ce qui définit une
société démocratique dans laquelle chaque citoyen est reconnu comme sujet de droit, pouvant le cas
échéant agir pour faire valoir ses droits, et non pas seulement comme objet sur lequel s'exerce un pouvoir
confinant à l'arbitraire (nous rappelons ici que ces sanctions peuvent se fonder sur un simple " doute " et
qu'elles portent sur le non respect d'obligations aussi mal caractérisées que possible : en effet,
personne n'est capable de définir ce que sont ces fameuses " offres valables " dont le refus réitéré
à une ou deux reprise déclenche quasi-mécaniquement des sanctions aux conséquences lourdes
puisqu'elles signifient la diminution ou la perte des ressources de la personne concernée).
C'est pourquoi nous élaborons le dispositif que nous souhaitons mener à bien avec le concours de
la région Rhône-Alpes sur la base de ce constat d'une dérive arbitraire de la relation entre
les citoyens, quand ils sont des demandeurs d'emploi, et l'autorité administrative émanant directement
du pouvoir politique , en tant que cette dérive nous paraît fort peu compatible avec les conditions
de la démocratie.
Et c'est pourquoi ce projet aura pour but de rendre visible cette dérive, préalablement aux
échanges programmés pour le 29 novembre 2008. Ce n'est qu'après qu'un tel constat
aura pu être partagé, aussi pénible soit-il pour certains des protagonistes de cette rencontre,
que pourrons s'engager des échanges fructueux sur les conditions d'une impulsion de la participation à
la vie politique de personnes dont il est essentiel de dire qu'elles ne sont pas considérées
aujourd'hui comme des citoyens de plein droit !
A. L.
Commentaires sur la journée du 29 à la région Rhône-Alpes
Voir liens : Site : droits-sociaux